HISTORIQUE DU FORT

11/04/2016

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Historique du fort

Quand la paix est signée après la défaite de la guerre de 1870, Belfort se retrouve à quelques kilomètres de la nouvelle frontière d'un état allemand qui vient de se constituer. Et si la détermination du Colonel Denfert-
Rochereau à défendre la cité n'avait permis à la France de conserver la ville et son territoire, c'est Héricourt qui serait devenue ville frontière.

Dès 1873, le gouvernement français demande aux militaires de créer une ligne de défense face à cette Allemagne qui reste menaçante. C'est un général du Génie, ayant d'ailleurs combattu avec l'Armée Bourbaki sous Héricourt, qui va devenir le maître d'œuvre du système qui porte son nom et que les Allemands nommeront "La Barrière de Fer". Son nom : Raymond Adolphe Séré de Rivières, le Vauban du XIXe. Nous retiendrons surtout la partie Est d'une ligne de forts allant de la Mer du Nord à la Méditerranée, l'Italie étant un autre adversaire potentiel. Car c'est de Verdun à Belfort que le génie de Séré de Rivières s'exprime. Quatre places fortes, Verdun, Toul, Épinal et Belfort vont être entourées d'une ceinture de nouveaux forts, mettant le centre urbain à bonne distance des projectiles ennemis. La fortification bastionnée, remarquable à l'époque de Vauban, guère modernisée depuis Louis XIV, s'est révélée obsolète en 1870 du fait des progrès de l'artillerie. Il faut faire place à la fortification polygonale, aux tracés simples, dont les lignes d'escarpe sont orientées pour porter une abondante artillerie à l'air libre.

L'idée maitresse de Séré de Rivières est la création de deux rideaux défensifs entre les places de Verdun et Toul (rideau des Hauts de Meuse), et entre Épinal et Belfort (rideau des Hauts de Moselle). En laissant des espaces vides de fortification au Nord de Verdun, on crée une trouée dite de Stenay et entre Toul et Épinal celle de Charmes. L'ennemi qui voudrait attaquer en force sans perdre de temps à assiéger les places fortes ou les forts de rideau sera tenté d'utiliser ces trouées. On l'y prendra à revers et s'il réussit à forcer le passage, il aura dans le dos les forteresses qui gêneront sa marche et ses ravitaillements.

Quant à la Trouée de Belfort, elle n'a de signification que géographique (Porte de Bourgogne) et certainement pas stratégique comme les trouées précédentes, puisque l'Armée y construit du Mont-Vaudois au môle défensif du Lomont, une sorte de demi rideau défensif pour fermer le passage.

 

Le cas du Mont-Vaudois (ou Mont Vaudois, les deux orthographes se rencontrant dans les documents 

militaires)

Immédiatement les décisions du Comité de Défense prises de fortifier Belfort, quatre sites sont choisis prioritairement pour y placer quatre grands ouvrages : le fort de Roppe, le fort du Salbert, le fort du Mont-Vaudois et le fort du Mont Bart. Séré de Rivières veut ainsi que l'ennemi défile sous Belfort le long d'une ligne de défense solide. D'autres forts et ouvrages viendront compléter au long des ans ce premier travail.

Donc dès 1874, le Génie a fait des plans pour implanter sur le site un fort important aux buts précis : 

- battre vers Montbéliard la vallée de la Lizaine du feu de ses canons, 

- battre la route de Belfort à Besançon par Héricourt et la voie ferrée, 

- battre au nord la plaine de Châlonvillars et le débouché de la nationale 19, en croisant ses feux avec ceux du Salbert et enfin empêcher les débouchés des voies secondaires arrivant de Lure et de Villersexel. Un gros défi.

 

La construction.

Les acquisitions des terrains ne sont pas toutes actées qu'il faut réaliser le chemin d'accès à travers le massif forestier. Il faut également établir un plan incliné qui part du bas du mont pour monter les matériaux grâce à une locomobile qui entraîne des wagonnets roulant sur des rails. Le tracé du fort est fait immédiatement selon un plan ambitieux du Génie, une grande enveloppe et un réduit. Comme on n'a encore jamais construit de ces nouveaux forts, le Mont Vaudois est un prototype et cela va se ressentir durant les 3 années de la construction. En effet, de tous les grands forts des places de l'Est et de Belfort en particulier, il est un des tous premiers. Les deux ouvrages des Perches sont commencés le 20 avril 1874 mais le choix de leur emplacement est discutable car trop près du centre ville. En fait, on restait sur le souvenir de 1871 où les Prussiens y avaient pris pied et menaçaient le Château qui allait succomber si l'armistice ne l'avait sauvé. Des grands forts voulus par Séré de Rivières, le Mont Vaudois est commencé le 21 octobre 1874, alors que le Salbert ne l'est que le 15 novembre, Roppe le 1er janvier 1875, le Mont Bart en novembre 1875. Quant à Vézelois, il est remis à plus tard, soit en 1883.

Le fort de La Chaux (ou Lachaux) ne voit le jour qu'en mars 1876 pour compléter la défense de Montbéliard.

 

Les prémisses.

Les Inspecteurs Généraux, en mission en avril 1874, donnent les grandes lignes d'un fort avec réduit pour 21 grosses pièces d'artillerie, estimé à 2.450.000 F. Le Génie sort rapidement un projet daté du 14 août 1874 à 2.570.000 F. 

 

Mais une loi du 17 juillet 1874 n'accorde pour ce genre d'ouvrage que la somme de 1.500.000 F.

Il faut reprendre rapidement les études. Suivent quelques tempêtes sous les crânes de nos militaires jusqu'à l'intervention du Général Inspecteur du 6e arrondissement du Génie à Montélimar, le Général Chareton, un ami de Séré de Rivières. Son canevas du 17 septembre, approuvé par le Ministre le 8 octobre, va donner naissance à la physionomie actuelle du fort. On essaie d'aller vite. Mais si la défense des fronts Ouest, Sud et Est est vite figée, il faudra encore bien des hésitations pour établir les canons sur le front Nord. L'idée de les placer en tout ou partie sous abris rocheux va faire l'objet de plusieurs variantes alors même que les travaux sont en cours. 

De même verra-t-on établie une sortie du côté de Belfort dont les archives ne disent rien. Elle était dotée d'un pont-levis à bascule en dessous à contrepoids central qui ne disparut pour le pont actuel qu'en 1913-1915. Cette sortie fut vraisemblablement créée pour pouvoir ramener les pièces sur Belfort en cas de besoin sous les feux ennemis. En effet, les pièces à longue portée destinées à empêcher l'établissement des batteries ennemies, finiront toujours par devoir cesser leurs tirs sous les coups adverses. Elles laissent la place aux canons plus légers qui tentent de retarder l'investissement final. Mais les militaires espèrent avoir le temps de rapatrier les pièces lourdes vers la Place. C'est là un des paradoxes du fort du Mont Vaudois établi trop loin de la Place et qui n'a pas le plan d'un fort de place ni le statut d'un fort d'arrêt. Cette sortie sera d'ailleurs parfois nommée par les militaires, porte de secours ou de retraite. On la trouve plus couramment désignée porte de Belfort ou d'Échenans.

On démarre les travaux sur un plan revu. L'estimation du coût est légèrement inférieure à 1.500.000 F or. 

Le fort est livré fin 1877 avec l'essentiel de sa physionomie actuelle. Malheureusement, il a coûté bien plus cher et le total en 1885 est de 2.166.867 F or car il va falloir poursuivre certains travaux.

 

Très vite, les militaires vont demander l'établissement d'un magasin aux cartouches, omis pour restreindre les coûts ainsi que deux nouvelles plateformes d'artillerie avec abris souterrains qui font défaut sur le front nord. De peur de manquer d'eau on crée une source artificielle "Rouby". Et pour faire communiquer le fort par signaux lumineux en morse avec ses voisins et le Château de Belfort on établit une casemate optique à cinq directions.

En 1885, l'ouvrage peut être considéré terminé et conforme à ce qu'on attend d'un nouveau fort Séré de Rivières.

 

Les renforcements

Malheureusement, en 1885 éclate une crise gravissime qui affecte toutes les puissances militaires. Illustration de la lutte éternelle entre le glaive et la cuirasse, elle est le résultat de plusieurs facteurs. Appelée crise de l'obus allongé et passée à l'Histoire sous le nom de "Crise de l'obus-torpille", elle rend obsolète tout le système à peine terminé de Séré de Rivières.

Les progrès de la métallurgie permettent de fabriquer des obus en acier et non plus en fonte. Ils sont de forme plus allongée ce qui leur donne de meilleures qualités balistiques ; les parois plus minces permettent de mieux les remplir de poudre.

Et l'on remplace la poudre noire par de nouveaux explosifs nitrés, comme en France la mélinite, à la puissance bien supérieure.

Enfin, des fusées fusantes ou percutantes permettent d'utiliser ces nouveaux projectiles de manière plus efficace qu'avec les anciennes assez rudimentaires.

Le cocktail est...explosif. Comme on est à l'époque des premières torpilles marines, on donne aux nouveaux 

obus le nom de torpille terrestre ou obus-torpille.

Des essais sur un fort tout juste terminé et sacrifié, celui de La Malmaison, démontrent que ces fortifications soumises aux effets des fusées fusantes deviennent des "nids à obus" et pire, que les fusées percutantes et la mélinite permettent la destruction des escarpes, abris et même les voûtes les mieux protégées.

Très vite, des solutions sont proposées, améliorées au cours des ans jusqu'à l'entrée en guerre d'août 1914.

On va d'abord, sortir le maximum de canons dans des batteries extérieures au fort puis renforcer les locaux 

essentiels par des couvertures dans un premier temps en béton de ciment (béton spécial) puis en béton armé.

Pour les forts dont l'importance est capitale, on va inventer des cuirassements sous forme de casemates 

blindées. Mais leur champ de tir est restreint. On se tourne alors vers de meilleurs organes, des tourelles d'abord simplement tournantes en fonte durcie, puis éclipsables en aciers spéciaux.

Le coût en est si élevé que seuls des forts comme Giromagny ou Roppe sont d'abord équipés. Pas encore le 

Mont-Vaudois.

Mais le fort se verra quand même doté de casemates à l'abri des nouveaux obus, creusées sous le roc. C'est 

ainsi qu'est établi en 1891 l'abri-caverne. Cet abri est constitué d'un casernement et d'un magasin aux vivres destiné à protéger la garnison.

Puisque l'on construit des batteries extérieures, il faut créer aussi des magasins sous roc à proximité pour les munitions.

Et comme on fait cela sur toute la place il faut pouvoir rapidement transporter le matériel depuis les arsenaux de la Place. Quoi de mieux à l'époque qu'un chemin de fer à voie étroite (0,60 mètres) reliant tous les forts?

Un certain Decauville a une bonne expérience de cette voie dans le domaine du Génie civil. Un militaire et un 

ingénieur associés, Mrs Péchot et Bourdon mettent au point une locomotive adaptée aux fortes pentes menant aux forts. Ainsi naît le réseau stratégique qui desservira le fort en 1892 seulement du fait de son relief particulier.

 

L'artillerie

Un fort n'est qu'une plateforme d'artillerie. Mais avec l'évolution des stratégies et des canons, les dotations vont évoluer en quarante années. Au départ, on prévoit 22 pièces mais très vite on en a 54, ce chiffre restera quasi constant jusqu'aux travaux de 1914 où il chute à 35. Si au départ on se contente de bouches à feu anciennes plus ou moins améliorées, comme le canon de 138 mm en bronze du Colonel de Reffye, rapidement on a un système homogène en acier connu sous le nom de son créateur, le Colonel de Bange. Et quoi d'autre ?

Alors que depuis 1877 de nouveaux forts et ouvrages modernes sont établis, certains modernisés, rien ne se passe au Mont Vaudois en dehors des travaux, non négligeables quand même, vus ci-dessus. Les programmes de modernisations sont établis dès 1900, puis en 1906. Mais il faut attendre 1913 pour qu'enfin des travaux substantiels soient entrepris. Comme souvent, les considérations stratégiques et économiques s'opposent. Il n'empêche que les travaux doivent doter le fort d'une tourelle de mitrailleuse au saillant sud-est et surtout deux tourelles pour canon de 155 Raccourci au saillant nord-ouest. Ce qui se faisait de mieux à l'époque et dont seuls treize exemplaires ont été installés.

La déclaration de guerre trouve le fort en plein travaux, éventré et impropre à la défense. Jusqu'en juin 1915,

l'Armée tente de redonner au fort une certaine valeur défensive. Les renforcements en béton des dalles et des façades sont achevés, un rocaillage les surmonte. L'aération mécanique de l'abri-caverne terminé avec gaine vers l'extérieur. Des citernes à l'épreuve des bombardements sont en partie achevées.

L'éclairage électrique est commencé, tandis que les caponnières sont renforcées et leur éclairage oxyacétylénique en place. A la porte d'Échenans, les grilles et le pont à effacement latéral sont opérationnels. Divers abris pour infanterie, canons de 90 et mitrailleuses sont terminés tout au long du chemin couvert. Enfin, trois guérites observatoires en acier sont installées. Mais l'observatoire sud des tourelles et celui du Commandement n'ont pu recevoir leur blindage, on se contente de plafond en rail pour le premier et en béton armé pour le second. Accessoirement, des cuves pour DCA sont installées dans la batterie Ouest.

 

L'entre deux guerres

Le fort n'a plus de raison d'être valable. Il est maintenant trop éloigné de la frontière retrouvée et ne peut être intégré à la structure Maginot. Tel qu'il était en 1915, tel il est en 1944, date de sa libération de l'occupant.

Mais, même s'il y eu là, pour la première fois des morts au combat, cet épisode n'a pas grand-chose à voir avec le rôle pour lequel était défini l'ouvrage. Cela fera l'objet d'un autre chapitre.

 

 

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